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Lettre aux jeunes chercheurs statutaires,
doctorants et post-doctorants

Par Claude Didry et Jean-Luc Mazet


Lettre aux jeunes chercheurs statutaires, doctorants et post-doctorantsLa principale richesse de la recherche, ce sont les chercheurs parmi lesquels il faut compter la masse des doctorants et des post-doctorants, les nouveaux « hors-statut » d'aujourd'hui. Que vous soyez chercheur statutaire, doctorant ou post-doctorant, vous avez choisi la recherche publique, vous avez choisi la liberté. La recherche, c'est la science concrète et vivante qui s'ignore en partie et se cherche encore ; à côté des résultats acquis, il y a les doutes, les intuitions, les espérances, les besoins. La liberté est une nécessité vitale de la recherche fondamentale, de la science de demain dont vous êtes les producteurs. Dans la recherche, qui peut dire de quoi l’avenir sera fait ? et quelle programmation peut, sans risque d'étouffer la découverte fondatrice, décider des objectifs ? Pour servir cette liberté, la recherche publique est un outil indispensable qu'il faut développer.

La recherche publique c'est un statut garanti pour ceux qui ont été recrutés. Pour les doctorants et les post-docs ce devrait être, au moins à court terme, l'espoir d'un statut avec les droits et les devoirs que cela comporte. Parmi les droits, le premier — essentiel — c'est le droit à un emploi stable, condition nécessaire à la prise de risques inhérente au développement des connaissances. Pour ceux d'entre vous qu’une politique de désengagement de l’état et une interprétation restrictive des décrets condamnent à l'enchaînement des allocations de thèses, des postes d'ATER, des bourses sans couverture sociale, des post-docs. et des CDD, le statut cela doit être une exigence libératoire des intérêts à court terme.

Le statut c'est aussi un espoir déçu et une frustration pour ceux qu'une décision injuste a privé du droit de concourir aux postes de CR2 ouverts au CNRS en 2002, parce qu'ils sont nés en 1971. Notre syndicat ne se résout pas à la précarité, que la direction du CNRS entend donner en lot de consolation à ceux qui ont été brutalement exclus du concours. Souhaitons que la défense du statut soit l'outil d'une lutte placée sur le terrain administratif, que les principaux intéressés ont commencé à mener avec le collectif qu’ils ont constitué. Dans cette lutte qui sera longue et exigera des recours devant le Tribunal administratif et le Conseil d'Etat, ils auront l’assistance de notre syndicat. N'oublions pas l'étymologie du mot « syndicat » : sundikatos désigne celui qui assiste quelqu'un en justice. .

Un statut c'est également l'autonomie, un rapport d'égalité avec les autres chercheurs et une évaluation collective des travaux de chacun. Le statut de chercheur c'est le droit à un concours de recrutement et à une évaluation impartiale réalisés par un Comité National, dans lequel des collègues élus, venant de toute la France, se montrent plus soucieux des enjeux scientifiques que des rivalités locales. Une condition de cette impartialité dans le recrutement est la disparition des postes fléchés offerts aux concours, sauf à entretenir le soupçon d'une connivence localiste des directions scientifiques. Ayant à recruter des chercheurs qu'ensuite, il aura à évaluer au cours de leurs carrières, le Comité National opère des choix avec une responsabilité et un sens de l'avenir que n'aura pas un jury de recrutement réuni pour l'occasion.

Mais le statut de chercheur c'est également le devoir de prendre part à la vie de la communauté scientifique, de s'engager dans les choix collectifs, sans lequel la liberté ne serait qu'individualisme. Comme certains d’entre vous en ont fait l'expérience, la question du recrutement est essentielle. Pour nous, au Syndicat National de la Recherche Scientifique (SNCS-FSU), la priorité est une politique de recrutement digne de ce nom.

Un rapport de la Commission européenne évalue à 700 000 le besoin de chercheurs supplémentaires d’ici 2010, quel que soit le mode d’organisation de la recherche. Cela représente un taux de recrutement annuel moyen de 9 %, soit trois fois le taux programmé par le gouvernement actuel sur la même période. Parce que nous sommes attachés à une politique de programmation des recrutements dans la recherche et l'enseignement supérieur, le plan pluriannuel de recrutement proposé à la fin de l'année 2001 représentait un espoir. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter la régression de l’emploi public programmée par le gouvernement actuel. Associée à la polarisation de la recherche sur des priorités imposées par le pouvoir politique, cette régression aboutira à sacrifier tout espace pour des problématiques émergentes qui, par nature, échappent à la tentation planificatrice.


Les conditions de recrutement doivent permettre aux étudiants de s'orienter raisonnablement vers une carrière de chercheurs et accorder aux jeunes chercheurs la reconnaissance d’un métier dans le cadre du statut de fonctionnaire, avant que les obstacles de la précarité n'aient eu raison de leur envie de recherche ou ne les condamnent à l'exil. Mais le métier de chercheur s’exerce avant le recrutement lui-même. Déjà notre syndicat a obtenu que certaines activités de recherche soient prises en compte dans la reconstitution de carrière antérieure au recrutement. Il nous reste beaucoup à faire, trop d’activités de recherche précaire échappent à la reconnaissance du métier. Et surtout aucune n’est prise en compte pour le décompte de la retraite.

Dans un souci d'autonomie des organismes publics de recherche, le SNCS lutte, plus que jamais, contre la contractualisation des organismes de recherche et contre la remise en cause du rôle du Comité national de la recherche scientifique. Â ce titre, la création de fondations pour « trouver de l’argent auprès de donateurs » est une arme de guerre contre les Etablissements publics, scientifiques et techniques (EPST), car elles fournissent le cadre idéal pour cibler les dépenses de recherche, pour se débarrasser du « carcan » du statut du personnel, pour faire passer l’orientation et l’évaluation des recherches sous le contrôle des donateurs, pour détourner de l’argent public vers des institutions privées par l’intermédiaire de dégrèvements d’impôts. Au-delà, le rapport Griscelli qui prescrit la fusion de l’INSERM avec les départements des Sciences de la Vie du CEA et du CNRS menace directement l’organisation multidisciplinaire de la recherche publique.

En tant que principal syndicat représentant les chercheurs EPST, nous avons la responsabilité, au SNCS, de défendre les intérêts de nos adhérents et, plus largement, de la communauté scientifique. Nous sommes pour cela attachés au principe d'un recrutement et d'une évaluation sur une base nationale, réalisés par des comités et des conseils au sein desquels les élus des chercheurs puissent prendre part aux décisions et aux choix qui engagent le recrutement et la carrière des chercheurs, ainsi que la vie des organismes de recherche. Nos élus participent pour cela à toutes les instances consultatives et décisionnelles des organismes : Sections du Comité National, Commissions Scientifiques Spécialisées, Conseils Scientifiques de Département, Conseils Scientifiques, Conseils d'Administration, Comités techniques paritaires, Commissions d'Aptitude professionnelle. Ils sont à votre disposition pour écouter vos problèmes, vous fournir les conseils dont vous avez besoin.

La liberté de la recherche suppose aussi que les chercheurs aient les moyens de leur recherche. Nous nous battons donc pour que la recherche publique ait un budget à la hauteur de ses projets, et de ses chercheurs. Nous sommes vigilants à ce que les thématiques de recherche ne soient pas soumises à des orientations autoritaires venues de l'extérieur, décidées au nom d'exigences de rentabilité immédiates par l’autorité de l'Etat ou par des groupes de pression européens.

Enfin, le SNCS, par son adhésion à la Fédération des Syndicats Unitaires (FSU), participe avec les autres syndicats de cette fédération (Syndicat National de l'Enseignement Supérieur, etc.) à la promotion du service public de l'enseignement et de la recherche, dans notre pays et au niveau international, à travers l'Internationale de l'Enseignement (I.E.). D'une manière plus générale, le SNCS s'associe aux actions syndicales nationales et internationales concernant les droits des travailleurs. Attaché à la défense des droits de l'homme et du citoyen, le SNCS prend une part active à la lutte contre les discriminations raciales et sexuelles, et à une réflexion d'ordre éthique. Il combat le racisme et l'extrême droite et milite pour la paix et l'amitié entre les peuples.

Nous sommes au moins sûrs d'une chose : le développement d'une recherche publique de qualité ne peut se faire qu'avec l'intervention des chercheurs et notamment vous, jeunes chercheurs, qui portez la science de demain. Pour cela, il faut sortir du secret de cabinets ministériels s'arrogeant le pouvoir de faire la science, en confondant recherche publique et science d'Etat. Le SNCS a pour vocation de fournir aux chercheurs l'instrument le plus efficace possible pour la défense de leurs intérêts et pour prendre part aux débats qu'implique une véritable politique scientifique. Sans participation des chercheurs, sans votre participation, la recherche perd ce qui fait sa substance : la démocratie.

Jeunes chercheurs, doctorants, post-doctorants et chercheurs titulaires, vous avez votre place au SNCS. Le SNCS a besoin de vous pour donner au syndicalisme la jeunesse, le dynamisme et la connaissance des besoins qui vous sont propres.

Comptant sur le plaisir de faire bientôt votre connaissance,

Bien amicalement.

                              
      
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